La Grande Mosquée de Strasbourg, située au 6 rue Averroès dans le quartier de Heyritz, est le principal lieu de culte musulman de la capitale alsacienne. Conçue par l’architecte italien Paolo Portoghesi, elle accueille environ 1 500 fidèles et constitue l’un des édifices religieux contemporains les plus remarquables du Grand Est.
Un projet porté par trois décennies de mobilisation locale
Avant la construction de la Grande Mosquée, la communauté musulmane de Strasbourg priait dans des salles improvisées, souvent exiguës. L’une des premières salles de prière connues se trouvait dans une impasse du centre-ville, loin de répondre aux besoins d’une population en croissance constante depuis les années 1970.
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Le conseil municipal donne son feu vert en avril 1999. Un concours architectural international est lancé en septembre 2000, auquel participent cinq cabinets, dont celui de Zaha Hadid. Le projet retenu est finalement celui de Paolo Portoghesi, architecte romain connu pour son travail sur les formes organiques et les références aux arts islamiques.
La première pierre est posée le 29 octobre 2004. Le chantier s’étale sur plusieurs années, ponctué de débats sur le financement et la gouvernance du lieu. La mosquée ouvre ses portes et devient rapidement un repère dans le paysage urbain strasbourgeois, tant par sa taille que par son vocabulaire architectural singulier.
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Architecture de la mosquée de Strasbourg : entre style islamique et modernité européenne
Le bâtiment se distingue par une silhouette basse et étendue, loin des minarets élancés que l’on associe aux mosquées traditionnelles du monde arabe ou turc. Paolo Portoghesi a privilégié une intégration douce dans le tissu urbain, avec des courbes et des volumes qui rappellent les arcs outrepassés de l’architecture islamique médiévale.
Matériaux et volumes intérieurs
La salle de prière principale utilise une série de colonnes en éventail qui évoquent les palmeraies, motif récurrent dans l’art islamique. La lumière naturelle pénètre par des ouvertures zénithales, créant un jeu d’ombres qui change au fil de la journée. Ce traitement lumineux rappelle les grandes mosquées historiques, où la lumière est un élément architectural à part entière.
Les matériaux associent le béton, la pierre et le marbre, avec des touches de bois dans les espaces secondaires. L’ensemble produit une atmosphère sobre, éloignée de l’ornementation dense que l’on trouve dans certains édifices du Maghreb ou du Moyen-Orient.
Comparaison avec le projet non retenu de Zaha Hadid
Le projet soumis par Zaha Hadid Architects mérite un détour, même s’il n’a pas été construit. Ses maquettes et peintures montrent un bâtiment formé de lignes fluides inspirées du cours de l’Ill et de la calligraphie islamique. Les vides sous les crêtes du toit indiquaient la direction de La Mecque. Un élément d’eau intégré au parvis faisait référence à l’importance de l’eau dans le Coran.
Ce projet prolongeait le travail de ZHA sur le Musée d’Art Islamique de Doha (1997) et partageait la logique d’axes convergents du MAXXI de Rome. Son rejet illustre un choix municipal en faveur d’une architecture plus lisible et moins expérimentale.
Fonction religieuse et rôle civique de la Grande Mosquée
La mosquée ne se limite pas à la salle de prière. Le complexe comprend des espaces distincts pour les femmes, une bibliothèque, des salles de cours et un parking. L’ensemble est accessible aux personnes à mobilité réduite, ce qui reste peu courant dans les lieux de culte anciens.
Un fait moins connu : la Grande Mosquée de Strasbourg organise une prière pour la République à l’occasion du 14 Juillet. Cette initiative, reconduite au moins une seconde fois, positionne le lieu comme un acteur du dialogue civique entre institutions religieuses et autorités locales. Elle s’inscrit dans le contexte du droit local alsacien-mosellan, qui régit les relations entre cultes et collectivités de manière distincte du reste de la France.
- Capacité d’accueil d’environ 1 500 fidèles pour les prières collectives, ce qui la place parmi les grandes mosquées du pays
- Espaces éducatifs dédiés aux cours de langue arabe et d’enseignement religieux
- Bibliothèque ouverte aux chercheurs et aux membres de la communauté
- Prière collective du vendredi rassemblant régulièrement un public qui déborde sur le parvis

Photographier la mosquée de Strasbourg : angles et moments à privilégier
L’édifice offre plusieurs points de vue photographiques qui méritent le déplacement. La façade principale, avec ses arcs et son revêtement clair, se prête particulièrement bien aux prises de vue en fin d’après-midi, quand la lumière rasante accentue les reliefs.
L’intérieur de la salle de prière, avec ses colonnes en éventail et ses puits de lumière, produit des images saisissantes en contre-plongée. Les jours de grande affluence, la juxtaposition des rangées de fidèles et de la géométrie architecturale crée des compositions que l’on retrouve fréquemment sur les banques d’images professionnelles.
- Façade sud en fin de journée pour capter les ombres portées sur la pierre claire
- Intérieur de la salle de prière pendant les heures calmes, quand la lumière zénithale est la plus marquée
- Vue depuis le parc de Heyritz, qui offre un recul suffisant pour inclure le bâtiment dans son environnement paysager
La mosquée Eyüp Sultan : un second pôle islamique à Strasbourg
À quelques kilomètres de la Grande Mosquée, un autre projet retient l’attention : la mosquée Eyüp Sultan, portée par une association turque. Annoncée comme l’un des plus grands complexes islamiques d’Europe continentale, elle témoigne de la diversité des communautés musulmanes strasbourgeoises et de leurs ancrages nationaux différents.
La coexistence de ces deux édifices sur un même territoire urbain reflète la pluralité des traditions architecturales et des pratiques religieuses au sein de l’islam européen. Là où la Grande Mosquée de Portoghesi dialogue avec le vocabulaire arabo-andalou, le projet Eyüp Sultan s’inscrit dans une filiation ottomane, avec des codes formels très différents.
Cette double présence fait de Strasbourg un cas d’étude rare pour qui s’intéresse à l’architecture religieuse islamique en contexte européen, et un lieu de visite privilégié pour les voyages à dimension patrimoniale.

